Première des nouvelles inédites de Zweig publiées chez Grasset en 2008 et 2009, ce récit nous emporte au coeur du désir et de
la passion inassouvie ... le recette de l'amour perpétuel ? Pas si sûr ...
Louis a gravi l'échelle sociale à la force de son caractère, sa persévérance et un esprit bien tourné qui fait de lui un allié fiable et précieux pour son patron, un riche industriel dont l'empire ne cesse de s'étendre. Ce dernier, tombant malade, souhaite faire de Louis, son assistant, ce qui impliquerait une proximité étroite, conduisant Louis à vivre chez son bienfaiteur.
Ne pouvant refuser cette offre, Louis est contraint de mettre son orgueil de côté, s'étant juré de ne jamais dépendre de quiconque après avoir officié comme précepteur au sein de riches familles après une enfance dans la pauvreté absolue.
Ainsi se passent deux années, deux années au cours desquelles il savoure la présence douce et rassurante de la femme du Conseiller, jusqu'à l'annonce solennelle de ce dernier : il est impératif de développer les affaires au Mexique, pour une telle mission, il se doit de faire appel à son fidèle assistant, son meilleur élément : Louis.
Passée la joie liée à une on-ne-peut-honorable proposition, Louis se sent défaillir ... ainsi il ne verra plus sa bien-aimée. La nouvelle de son départ dévoile les sentiments et rapprochent les coeurs. Pourront-ils s'attendre encore deux années, date à laquelle la mission prendra fin ? Louis part au Mexique, ne pensant qu'à son retour ... la Première Guerre mondiale se déclare. Les Anglais contrôlant les océans, il ne peut retourner chez lui. Son retour n'aura lieu que 9 années plus tard ...
Zweig nous dévoile le récit de ce retour en multipliant les allers-retours dans le passé, dressant ainsi un portrait complet de ces amoureux d'antan et de maintenant, qui ont changé, évolué mais sont restés les mêmes au fond d'eux. Il joue magnifiquement sur l'ambivalence de la continuité dans le changement, apportant ainsi toute sa tension tragique à la nouvelle ... car bien plus que la distance, c'est le temps qui aura peut-etre raison des amants, qui n'ont pu évolué ensemble. Sue faire alors d'un rêve qu'on ne peut abandonner : poursuivre ou laisser aller ? Ces sentiments mêlés et inextricables trouvent une limpidité déconcertante sous la plume de Zweig.
A voir !
Un site complet sur Stefan Zweig
Le Voyage dans le passé
Stefan Zweig. Traduction de Baptiste Touverey
Editions Grasset. Edition billingue.
172 pages. 11€. ISBN : 978-2-246-74821-2
Limpley est un homme étonnant et charmant à prime abord. Enthousiaste et virevoltant,
il est capable de faire fi des codes de la bonne société dans laquelle il évolue pour saluer sans coup férir ses nouveaux voisins, un couple de retraités ayant craqué quelques années de cela pour
un coin de paradis dans la campagne anglaise, près de Bath.
C'est donc sans surprise qu'ils voient se construire la nouvelle propriété d'un jeune couple, qui sera d'abord
occupée par la jeune épouse, une femme délicate et discrète. Des liens de voisinage se créent et se renforcent avec l'arrivée de Limpley. Bientôt, les deux couples se rapprochent et se
découvrent. Limpley est débordant d'énergie, vit sans réserve et s'enthousiasme sans restriction. Follement amoureux, il porte aux nues sa femme et concentre toute son attention sur celle-ci, et
cela sans relâche.
Cette énergie et ce manque de retenue ne sont pas sans épuiser ses proches, qui après s'être réjouis de cette bonhommie
naturelle en pâtissent ... Compatissant pour ce couple sans enfants, ces retraités vont offrir à Limpley un chien pour accompagner Madame ... Or c'est Monsieur Limpley qui tombe sous le charme du
chiot. Comme tant de fois auparavant, son enthousiasme sans frein le poussera à tout donner à l'animal, qui dès lors prend le pouvoir sur son maître, intervertissant dès lors les rôles ...
jusqu'au jour ce qui semblait si bien se dérouler pour le chien Pinto, prendra une tournure inattendue et fatidique.
Les habitués du blog savent combien j'apprécie et savoure la plume alerte et vivace de Stefan Zweig ... Je ne pouvais donc résister à la tentation en croisant cette édition bilingue à la couverture orné d'un beau bébé joufflu dans son berceau (argument ultime !)
Et comme d'accoutumée avec Zweig, l'on ne s'ennuie guère, haletant de page en page, captivé soit par un portrait magistral, une ambiance exquise ou oppressante, un instant qui passe et change tout ... De très belles pages sont dédiées au portrait du maître, et de ce chien, tyrannique et calculateur. Limpley est un homme hors du commun, mais un homme qui aime mal, étouffe et aliène son entourage, il en sera la première victime.
Cette courte nouvelle angoissante est petit bijou qui permettra aux non-initiés de découvrir sa finesse psychologique, son sens de la mise en abyme ainsi que sa plume incomparable, et aux autres de savourer cette oeuvre inédite.
Le plus de cette édition de belle facture ? Il est également possible de lire la nouvelle en version originale ...
Un soupçon légitime.
Stefan Zweig. Traducteur : Baptiste Touverey
Editions Grasset.
139 pages. 10€. ISBN:978-2-246-75611-8
A voir !
Un premier chapitre sur le site des éditions Grasset
de Stefan Zweig
Lettre d'une inconnue
Stefan Zweig
Stock. Collection "La Cosmopolite"
105 pages. 10€. ISBN : 978-2-234-06311-2
A voir
!
l'adaptation cinématographique très libre qui en a été réalisé en 1948
par Max
Ophüls
Un site consacré à ce talentueux auteur allemand, feu Stefan Zweig
de Stefan Zweig.
«Ceux qui tombent entraînent souvent dans leur chute ceux qui se portent à leur secours.»
Sous le ton de la confession, une vieille dame respectable livre ses souvenirs à un jeune homme.
En villégiature dans une maison de vacances sur la Riviera, ils sont tous deux, comme l'ensemble des pensionnaire sous le choc du départ impromptu de Madame Henriette, qui décidat de suivre son
coeur plutôt que son rang. Faisant fi de son statut de femme mariée, celle-ci cède aux sirènes de la nouveauté et suit son nouvel amant. Villipendée et décriée, cette femme sans
moralité réveille chez Mrs C. de douloureux souvenirs ... au grand étonnement du narrateur.
Cette étonnante Mrs C., qui garde l'anonymat, évoque ses premières années de veuvage, à 42 ans, lorsque face au décès
de son mari, elle se résigne peu à peu à vivre une existence tranquille dédiée à l'éducation et aux soins de ses enfants. Ces derniers partis, face à elle-même, mais surtout face à ce vide laissé par la disparition de son mari, elle se laisse entraîner dans les tourbillons
de la vie extérieure, au théâtre, en concert et au casino ... Plaisirs fugaces de la vie en société qui marqueront un tournant dans sa vie de femme, qui se concentreront
en vingt-quatre heures. Vingt-quatre heures d'une douce folie dont le venin se distillera des années encore après.
Fascinée par les joueurs, elle peut passer des heures, hypnotisée par leurs mains, à suivre les aléas du hasard. Jusqu'à la rencontre avec un jeune homme, dont le magnétisme et la
ferveur, la trouble profondément, au point que cette tocade, l'emmèn bien plus loin qu'elle le soupçonnait dans la douleur.
Ayant une nouvelle raison de vivre, elle s'investit d'une mission : sauver ce jeune homme de son infortune, pécuniaire et morale. Mais dans cette démarche salvifique, elle se
leurre.
" Jamais encore, je n’avais vu un visage dans lequel la passion du jeu jaillissait si bestiale dans sa nudité effrontée.... J’étais fascinée par ce visage qui,
soudain, devint morne et éteint tandis que la boule se fixait sur un numéro : cet homme venait de tout perdre !....Il s’élança hors du Casino. Instinctivement, je le suivis… Commencèrent alors 24
heures qui allaient bouleverser mon destin ! "
Sous un titre qui peut sembler peu alléchant pour les lecteurs redoudant un simple roman sentimental se cache un court roman centré sur l'addiction :
addiction au jeu, addiction au service rendu à l'autre ... L'étude psychologique du jeune joueur invétéré réserve de belles descriptions de la frénésie, l'angoisse, la joie et le
désespoir, de la gloire et à la richesse, à l'oubli et la pauvreté ... Intime de Freud, le travail de celui-ci lui a certainement inspiré ou apporté de nombreuses clés pour la rédaction de cette
confession, aux allures d'analyse. Le tour de force de Zweig est de faire passer toutes ces émotions à travers le corps même de son protagoniste : ces mains auxquelles nous sommes suspendus, sont
le meilleur vecteur de son état d'esprit.
"Malgré moi je pensais à chaque fois à un champ de courses, où au moment du départ, les chevaux excités sont contenus avec peine, pour qu'ils ne s'élancent pas
avant l'heure fixée : c'est exactement de la même manière que les mains de joueurs frémissent, se soulèvent, et se cabrent. Elles révèlet, par leur façon d'attendre, de saisir et de s'arrêter,
l'individualité du joueur : griffues, elles dénoncent l'homme cupide ; lâches, le prodigue ; calmes, le calculateu et, tremblantes, l'homme désespéré. Cent caractères se trahisent ainis, avec la
rapidité de l'éclair, dans le geste que l'on fait pour prendre l'argent, soit que l'un le froisse, soit que l'autre nerveusement l'éparpille, soit qu'épuisé un joueur, fermant sa main lasse, le
laisser rouler librement sur le tapis. [...] Je ne puis pas vous indiquer en détail, combien, pendant le jeu, il y a des milliers d'attitudes dans les mains, les unes bêtes sauvages aux doigts
poilus et crochus qui agrippent l'argent à la façon d'une araignée, les autres nerveuses, tremblantes, aux ongles pâles, osant à peine le toucher, nobles et viles, brutales et timides,
astucieuses et, pour ainsi dire, balbutiantes ; mais chacune a sa manière d'être particulière, car chacune de ces paires de mains exprime une vie différente, à l'exception de celles des
croupiers, au nobre de quatre ou cinq."
Résumé de l'éditeur :
Au début du siècle, une petite pension sur la Côte d'Azur, ou plutôt sur la Riviera, comme on disait alors.
Grand émoi chez les clients de l'établissement : la femme d'un des pensionnaires, Mme Henriette, est partie avec un jeune homme qui pourtant n'avait passé là qu'une journée. Seul le narrateur
prend la défense de cette créature sans moralité. Et il ne trouvera comme alliée qu'une vieille dame anglaise, sèche et distinguée. C'est elle qui, au cours d'une longue conversation, lui
expliquera quels feux mal éteints cette aventure a ranimés chez elle.
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