Jeudi 4 février 2010
4
04
/02
/2010
22:24
-
Publié dans : Littérature
Que dire sur ce petit bijou de nouvelle ? Imaginez une pierre taillée avec minutie, c'est un peu cela que Henry
James a réalisé avec ce Menteur, qui traverse les profondeurs de l'âme humaine : orgueil, manipulation, obsession sont au menu de cette histoire de peinture. Dorian Gray ne pouvait
vieillir grâce au portrait qui avait été réalisé de lui, le colonel Capadose n'est pas démasqué des siens, tant que ses traits ne sont pas incarnés sur la toile.
Cet homme admiré de tous est un véritable animal de société. Fringant et jouissant d'une belle aura, il fait l'unanimité auprès des hommes et des femmes ... ou
presque, car ses dons d'orateur se combinent à une imagination fertile et impromptue, qui font de lui un véritable conteur .... Mais du conteur au dissimulateur, il y a qu'un maigre pas, que
notre héros Oliver Lyon, franchira et tentera de révèler à la face du monde en réalisant le portrait du perfide.
Voilà une nouvelle haletante dont les portraits caustiques sont habilement réalisés par un Henry James fin psychologue et une langue châtoyante, aux accents
typiques de cette littérature anglophone de la fin du XIXe. Un petit régal en perspective. A découvrir, en petite madeleine.
Le menteur.
Henry James.
Edition Gallimard. Collection "Folio".
116 pages. 2€. ISBN : 2-07-031987-3
Vous avez lu ce livre ? Notez-le !

Mardi 12 janvier 2010
2
12
/01
/2010
22:07
-
Publié dans : Littérature
"Certains objets sont voués à nous échapper, à nous manquer, d'autres les remplacent. On veut écrire un livre et
c'est un autre qui vient. On croit inventer un héros et il a la tête de notre voisin de palier. J'écris toujours l'histoire d'à côté, jamais celle que j'avais prévue. Mon arme au canon recourbé
atteint rarement sa cible et tire admirablement dans les coins. Dans quel but ? Je l'ignore, il semble que tout doive se faire à mon insu, comme pour préserver mon innocence, comme si je me
méfiais de moi-même."
Réalisez un voyage dépaysant dans le temps et l'espace en suivant ce remplaçant, ce second papi, qui sans avoir l'apparent éclat du premier, recèle mille et un
talents, à commencer celui de conteur. Conter n'est pas chose aisée, mais avec ce livre, Agnès Desarthe, nous montre une nouvelle fois qu'elle en maîtrise les ficelles, même si bien malgré
elle, elle semble manquer sa cible en écrivant toujours le livre qu'elle n'attend pas ! Mais pour notre plus grand bonheur, car Le Remplaçant est un livre pudique et émouvant, un
magnifique hommage à ce papi unique, qui aura su trouver sa place en se détachant du premier et en respectant ce feu grand-père. Que de similitudes égalementavec Janusz Korzack, directeur
de l'orphelinat du ghetto de Varsovie, un "remplaçant" lui aussi , qui devait faire l'objet de ce livre, un homme exemplaire qui s'efface devant un
"exemplaire d'homme" ô combien touchant et attachant.
Le remplaçant
Agnès Desarthe
Editions de l'Olivier. Collection "Figures libres".
87 pages. 12.50€. ISBN : 978-2-87929-644-9
Vous avez lu ce livre ? Notez-le !

Dimanche 27 décembre 2009
7
27
/12
/2009
15:03
-
Publié dans : Littérature
"Je lis. C'est comme une maladie. Je lis tout ce qui me tombe sous la main, sous les yeux : journaux, livre
d'école, affiches, bouts de papier trouvés dans la rue, recettes de cuisine, livres d'enfant.[...]"
Une tranche de vie sans fioritures, ni pathos, mais pleine de simplicité et d'amour des mots, voilà le récit émouvant que fait la femme de lettres hongroise,
Agota Kristof, de son enfance et de sa rencontre avec les mots, qu'elle parcourt avec avidité et gourmandise, puis domestique à la force de sa volonté, lorsque jeune mère de famille émigrée,
elle doit apprendre d'autres langues (l'allemand, puis le français), telle une analphabète, avant de pouvoir enfin
écrire à nouveau, cette fois-ci en français.
Un parcours hors du commun nous est révélé, à travers des mots justes, simples et beaux. Ce court récit autobiographique ravira ceux qui connaissent déjà la plume
alerte de l'auteur du Grand Cahier, et donneront aux autres une irrépressible envie de se plonger dans ses pages.
L'analphabète.
Agota Kristof.
Zoé éditions.
58 pages. 11€. ISBN : 2-88182-512-5
A voir !
Le site des éditions Zoé
La biographie d'Agota Kristof sur le site
de la BFM (Bibliothèque Francophone Multimédia) de Limoges, agrémentée d'un interview
Vous avez lu ce livre ? Notez-le !

Dimanche 13 décembre 2009
7
13
/12
/2009
15:50
-
Publié dans : Littérature
Dimanche 29 novembre 2009
7
29
/11
/2009
19:00
-
Publié dans : Littérature
de Stefan Zweig
Un écrivain reçoit la longue missive d'une "inconnue", une femme qu'il a pourtant connu et rencontré plusieurs fois et ce sans s'en souvenir. Et pourtant, de cette
femme, il a eu un enfant. Cet enfant est désormais décédé, ce qui la pousse à une longue confession épistolaire, pour qu'il se souvienne enfin d'elle, et comprenne pourquoi à chaque anniversaire
il reçoit des roses blanches ...
Ce récit hautement romantique de Zweig tient en haleine en raison du caractère paradoxale de cette femme, qui a su s'effacer et vivre un amour à sens unique dans
l'ombre, tout en persévèrant dans cette voie. Comment est-il possible pour elle de vivre ainsi ? Quelle vie ou non-vie s'est-elle choisi en demeurant fidèle à cet amour pendant près de 15, de son
adolescence à la mort de cet enfant qui signera son propre arrêt de mort n'ayant plus de raison de vivre ?
Ici Zweig dépeint une passion absolue et irraisonnée, tout en excès et en abnégation, qui laissera certains de marbre, d'autres pantois, certains curieux, d'autres
absolument convaincus. Ce texte demeure toutefois de toute beauté et fidèle à la plume concise et envoûtante de Zweig. Pour ma part, Vingt-quatre heures dans la vie d'une femme et La Pitié dangereuse restent mes préférés.
Lettre d'une inconnue
Stefan Zweig
Stock. Collection "La Cosmopolite"
105 pages. 10€. ISBN : 978-2-234-06311-2
A voir
!
l'adaptation cinématographique très libre qui en a été réalisé en 1948
par Max
Ophüls
Un site consacré à ce talentueux auteur allemand, feu Stefan Zweig
Vous avez lu ce livre ? Notez-le !

Mardi 17 novembre 2009
2
17
/11
/2009
21:47
-
Publié dans : Littérature
Alors qu'une majorité du commun des mortels souhaiterait rajeunir et arrêter la marche inexorable du temps vers la vieillesse, Benjamin Button vit cette utopie : né à l'âge de
80 ans, il poursuit sans prise sur le temps un rajeunissement continu jusqu'aux premières heures tendres de la vie. Bien entendu, cette marche inverse a également une issue fatale ... Mais cette
vie à rebours est-elle un cadeau du ciel ou une véritable croix à porter ?
Cette nouvelle philosophico-fantastique de Fitzgerald lui a été inspiré d'une citation de Mark Twain : " La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans
et nous approchions graduellement de nos 18 ans."
Partant donc de ce postulat, Fitzgerald dresse le portrait de cet homme hors du commun, qui connaîtra un destin à part, mais au final semblable à tout un chacun. En
effet, sa différence met le doigt sur un tabou, celui de la vieillesse, la marche logique du monde, et il est bien connu que ne pas suivre les mêmes chemins que ses pairs entraîne souvent
inimitié et mise au ban, ce qu'il vivra dans sa tendre vieillesse et dans sa jeunesse avancée ... Et pourtant, à observer Benjamin, l'auteur montre bien qu'il tend vers les mêmes idéaux. Il
connaîtra des difficultés, mais aussi le succès, l'amour des femmes et le doute, excepté un réel amour de ses parents et de son fils. Une étrange histoire sur une variation amère.
L'étrange histoire de Benjamin Button
Francis Scott Fitzgerald.
Gallimard. Collection "Folio"
Vous avez lu ce livre ? Notez-le !

Dimanche 4 octobre 2009
7
04
/10
/2009
21:28
-
Publié dans : Littérature
Si ce fut un réel plaisir de retrouver la plume ciselée et précise de Simonetta Greggio, mon plaisir fut moindre qu'à la lecture des Mains nues. En effet, le
suspens se met difficilement en place et l'issue de ce "road-book" demeure prévisible.
Mais son charme réside avant tout dans cette rencontre transgénérationnelle de deux femmes, l'une, Fosca, à l'aube de sa vie, l'autre, Constance, jeune femme orpheline, qui trouve en cette amitié
une mère qu'elle n'a pas connue. Elle accompagne sa vieille amie dans les derniers jours de sa vie, pendant lesquel au fil des kilomètres, s'égrennent les souvenirs, témoignages d'une vie
d'épicurienne, de femme libre, qui a aimé et fut aimée. Une vie sans remords, mais où l'on devine derrière les ombres du passé, des regrets. La flamboyance de sa langue pointe le bout de son nez
dans ce premier roman, qui n'en demeure pas moins un portrait de femmes attachant, malgré un rythme un peu lent.
La douceur des hommes
Simonetta Greggio
Stock.
175 pages. 17€. ISBN : 2-234-05748-5
Vous avez lu ce livre ? Notez-le !
