Mardi 1 janvier 2008
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Publié dans : Littérature francophone
de Gilles Leroy.
Prix Goncourt 2007.
Ecrire c’est passer tout de suite aux choses sérieuses, l’enfer direct, le gril continu, avec parfois des joies sous les décharges de mille
volts.
"Alabama Song". Un titre gorgé de blues nostalgique qui rappelle ces chaudes terres du Sud des Etats-Unis. L'Alabama d'où est originaire, Zelda Sayre, a.k., Zelda
Fitzgerald. "Southern Belle" des années 20, elle sera l'atout charme et la muse de Scott Fitzgerald, le jeune et talentueux auteur de "Gatsby le Magnifique". Mondanités, fastes et provocations
seront leur lot quotidien durant leur fulgurante ascension, cela en partie, grâce à la personnalité hors normes de Zelda, pétillant feu follet, affranchie du "qu'en dira-t-on?" et fantasque.
Alabama Song laisse pantois.
Ce portrait passionnant est une rencontre. Rencontre d'abord avec Leroy et rencontre avec Zelda. Le style de
Leroy, qui vous plonge dans ces années folles, avec une confondante véracité. Plongés dans la lecture d'Alabama Song, nous sommes en Alabama ou à New York, dans les clubs de jazz, ou chez les
Fitzgerald à suivre à rythme trépidant leurs excentricités, leurs coups de coeur et de gueule, leur progressive perdition ... Ecrit à la première personne, nous rentrons dans l'intimité -
possible - de Zelda : sa provocation naturelle due aux poids de la société puritaine dans laquelle elle évolue et à son héritage famillial, son amour pour son "Goofo" et sa révélation à New York,
où la chrysalide de la Southern Belle, la "crottée à l'esprit cinglant" en symbole du "Jazz age" alliant beauté et esprit sulfureux. Mais bien plus qu'un simple portrait et chronique animée
de ces deux artistes, Alabama Song pousse à la réflexion : à quel point un auteur peut utiliser la vie de sa muse pour s'en inspirer ? Est-il possible pour une muse de retrouver une "vraie"
liberté, de cesser d'être une "poupée", un objet d'inspiration et de création ? Domination de l'homme par l'ambition, le faste, les amitiés d'intérêt (O'Connor ...), par sa propre personnalité,
les protagonistes sont intiment liés et emprisonnés : Scott ne peut écrire sans Zelda, Zelda n'existe pas en société sans Scott (au début du moins) et ne peut exister artistiquement avec lui,
plagiée ou usurpée ... puis maltraitée, ballotée entre nombre d'hopitaux psychiatriques et de médecins en tout genre. Mariage d'amour, "contrat publicitaire", contrat tout court, leur union
restera chaotique jusqu'à sa fin.
Entre biographie et fiction, le roman peut laisser une impression "partagée". Quelle est la part de fiction et de réalité ? Cela
bouscule toute la relecture du livre. oui, comme le précise Gilles Leroy, "il faut lire Alabama Song comme un roman et non comme une biographie de Zelda Fitzgerald en tant que personne
historique.
Alabama Song redonne envie de se plonger dans l'oeuvre de Fitzgerald et surtout de découvrir Zelda ainsi que ses écrits.
L'interview de Gilles Leroy sur evene.fr
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