Littérature francophone

Samedi 3 novembre 2007 6 03 /11 /Nov /2007 12:30
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de Marie Darrieussecq

Ce roman nous plonge dans le thème universel du deuil et de la culpabilité : la disparition d'un enfant, suite à un accident, la culpabilité qui s'ensuit pour la mère, le sentiment d'anéantissement, le quotidien qui refait surface après un tel événement bouleversant, l'inéxorable fuite du temps et les blessures qui demeurent, un "après" cahin-caha, une éternelle présence. Magnifiquement écrit, bouleversant, il confronte le lecteur à cette douleur indicible - la mère endeuillée en perd la parole - , mais également au "travail" du deuil, la nécessité d'avoir un "lieu" de recueillement (posé par les différents questionnements sur la crémation, choix loin d'être anodin en matière de deuil), l'unicité de l'être cher, irremplaçable, le mécanisme du quotidien et l'imagination cruelle "si ...". Sous forme de journal de bord, écrit quelques années après le drame, avec plus de recul mais toujours autant de douleur, cette mère retrace ce qu'elle a vécu, l'analyse et le décortique, de façon profonde.

Le roman par lequel le scandale est arrivé en cette rentrée littéraire... et scandale qui m'inspire deux réflexions.

Tout d'abord, il révèle bien un premier point : la légitimité de l'écriture. Ce n'est pas la première fois qu'opposer la légitimité de l'écriture est avancé face à un roman "dérangeant". Je pense notamment à Il faut qu'on parle de Kévin, de Lionel Shriver, que j'ai commenté sur ce même blog. Cela est dérangeant car pose insidieusement la question de la "propriété" des émotions et sentiments. Influence de l'auto-fiction en littérature ? Les auteurs qui se mettent en scène sont nombreux (Nothom, Angot ..) et la mise en scène de soi de plus en plus pregnante dans les modes d'expression, entre exhibitionnisme et jeu de curiosité avec le lecteur. Cependant, la littérature reste essentiellement un travail de fiction. Il est évident que certains événements de nos vies nous poussent à évoquer certaines situations en se positionnant comme "vétéran", "expert". Quel auteur ne met pas une part de lui dans son récit ? Mais doit-il pour autant ne pas évoquer des situations, douleurs mais aussi joies qu'il n'a pas vécu ? Car le coeur de cette polémique est la douleur. Cependant si on pose le postulat de la légitimité dans la création littéraire, romans policiers, science-fiction, anticipation, contes de fées et documentaires historiques peuvent être relégués aux oubliettes ...


Deuxième point : depuis quelques temps, les livres s'inspirant de faits divers fleurissent, depuis L'Adversaire  d'Emmanuel Carrère au dernier Mazarine Pingeot, Le Cimetière des Poupées... Cela pose une question "éthique" beaucoup plus importante que la polémique autour de Tom est mort. Opportunisme, fascination, goût du sensationnel, volonté de répondre à une attente d'un certain public à l'esprit morgue ou réelle volonté de comprendre ? Ni créations totales, ni témoignages, ces livres montrent bien que difficulté de trouver un équilibre entre liberté de l'écrivain et évocation de grandes douleurs réelles est difficile à trouver. L'écrivain trouve dans son quotidien son inspiration et on ne peut rester indifférent face à de tels drames, qui provoquent en nous des émotions et réflexions diverses. Vouloir comprendre, étudier, analyser ce qui poussent des individus à commettre de tels actes est tout à fait compréhensible. Qui ne se dit pas "pourquoi ?"  Cependant comment prendre en compte des douleurs indicibles, non seulement par leur profondeur, mais par l'état des victimes, qui n'ont pas droit au chapître ? Dans la cas de L'Adversaire, Emmanuel Carrère précise bien sa démarche, qui est de comprendre comment un père, comme lui, a pu tuer ses enfants. Cependant la lecture de L'Adversaire m'a dérangée et mise mal à l'aise. Pourquoi ? Il en demeure pas moins un "fait divers" réel. Qui peut réellement comprendre ou prétendre comprendre ce qui échappe au protagoniste lui-même ? A mettre également en avant, les "investigateurs" de ces histoires vraies, on occulte, plus ou moins, les victimes qui doivent faire face à la médiatisation de l'affaire, la publication de l'ouvrage (dans la collection "Fiction" de POL pour l'AdversaireI, étonnant choix), voire l'adaptation cinématographique, dont l'industrie du cinéma est très friande ces derniers temps. De même, faut-il  pour autant mettre systèmatiquement au ban des étagères, les livres abordant le point de vue du "monstre" ? Apportent-ils réellement une réflexion plus profonde ou sont-ils un miroir aux alouettes attirants mais creux ? Dépasser le fait divers apparaît donc comme nécessaire pour mener une réflexion plus large. Leur contribution doit-elle alors prendre la forme d'un roman, d'une fiction ? Quelle en est alors sa part ?

Il appartient à l'écrivain de trouver donc le ton juste lorsqu'il explore certains thèmes et à l'éditeur de le guider. Ce n'est pas tant, la "légitimité", mais la démarche qui fait la différence. L'honnêteté prime sur l'authenticité.

Résumé de l'éditeur :

Un simple récit, phrase après phrase sur un cahier, pour raconter la mort de Tom, quatre ans et demi, à Sydney, en Australie.
Tom a un grand frère et une petite sœur, il a un père et une mère. C'est elle qui raconte, dix ans plus tard, Française en exil, cherchant ses mots dans les Montagnes Bleues.

Retenu dans la deuxième sélection pour le Prix Goncourt 2007 et la première sélection du Prix Fémina 2007.

Tom est mort
Marie Darrieussecq
POL editeur. 246 pages. 17€. ISBN :
978-2-84682-209-1


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Vendredi 26 octobre 2007 5 26 /10 /Oct /2007 16:53
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JSerena-copie-1.gif JSerena2.jpg de Jacques Serena

Ce roman peut être lu comme une sorte de journal intime "psychique" : rien n'est écrit et le narrateur ne se livre pas à un interlocuteur précis. Aussi le flot de l'écriture suit la cascade impétueuse des pensées du personnage principal, surnommé "Jack, Jack" par sa compagne, dont on ne sait que peu de choses. Celui-ci écrivain est très sollicité pour des interventions en bibliothèques. Suite à une opération de la bouche dont on ne saura jamais rien - pour quelle maladie et quels effets antérieurs sur son couple -, l'anti-héros est sommé de renouveller son style de vie, ce qui se traduit concrétement par la nécessité d'abandonner ses préceptes rigides, qui le force à tenir les cordes de la bourse familiale tel "un rat" et à commettre quelques négligences vis à vis de sa compagne.
Dès lors, nous suivons ses péripéties : perte de l'être cher, colère et deuil, mimétisme et pardon, retrouvailles de soi et de l'autre. L'écriture ne rend pas aisé le suivi du personnage. Son bouillonement intérieur est très bien représenté sous cette plume vive, quasi-chaotique ... au point de se demander si ce n'est pas d'une maladie psychique qu'il souffre plutôt que d'une réelle maladie de la langue. Mais ici psychisme et langage sont fortement liés. Prisonnier de ce premier, il lui est difficile d'amadouer et de maîtriser le second, avec les problèmes que cela pose : entre mutisme et débordement volubile, les actes manqués et les dérapages peuvent se multiplier. Dès le départ, la symbolique du langage est posée de façon très forte : opéré de la bouche, cet écrivain qui manie les mots et intervient lors de lectures publiques, est en fait un bien piètre communiquant. Maitriser la langue et maitriser le langage sont deux choses bien distinctes. Tempérer sa langue évite bien des conflits et l'art de la dialectique peut nous empêcher de tomber dans de cruelles situations. Un roman qui tient en haleine car nous ne savons pas quels sentiers l'auteur veut nous faire emprunter, avec un très beau travail sur la symbolique de la bouche et du langage, qui porte à réflexion.

Résumé de l'éditeur :
Le spécialiste m'avait changement dit qu'après une telle opération, j'avais besoin d'un changement de vie radical. Quand je suis rentré à la villa pour l'annoncer à Anne, j'espérais un mot ou un geste, mais en vain. Je l'ai alors menacée de partir pour de bon. Et, finalement, pour la première fois depuis des mois, Anne m'a regardé vraiment. Elle ma répondu que, oui, ça l'arrangeait que je parte.

Sous le Néflier
Jacques Serena
Edition de Minuit
176 pages. 13.80€. ISBN :
ISBN : 9782707319968

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Samedi 20 octobre 2007 6 20 /10 /Oct /2007 18:58
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La Baie d'Alger, de Louis GardelLouis Gardel de Louis Gardel

undefined Tant et tant de Français et d'Arabes, pris dans l'engrenage de leur histoire, s'étaient retrouvés dans des camps qu'ils n'auraient pas choisis, si, par on ne sait quel miracle, la raison et le coeur avaient encore eu droit de cité. undefined

Ce livre autobiographique, de l'auteur du célèbre Fort Saganne et scénariste d'"Indochine", est un magnifique portrait amoureux de l'Algérie, mais aussi de sa grand-mère, une femme au caractère hors du commun, avec un peps communicatif et envoûtant. Pleine d'entrain, elle vous livre une splendide leçon de vie et de courage. A la fois initiatique et "historique" par son témoignage sur l'indépendance de l'Algérie, Gardel transmet la mémoire des pieds-noirs, à l'âge où les premiers émois, les amitiés fortes et les passions semblent pérennes. La beauté de ses souvenirs sont retranscrits avec délicatesse et la complexité de l'Histoire à laquelle il assiste et prend part est livrée avec intelligence, abordant tout cet univers bouleversé et ses protagonistes avec simplicité et justesse. Un livre à la recherche du temps perdu ... qui se lit avec émotion. Mon coup de coeur de la rentrée.

 

Résumé de l'éditeur :
Le narrateur est né en Algérie quand elle était française. Il sort de l'adolescence alors que la guerre d'indépendance commence. Un soir, devant la baie d'Alger, il est traversé par la certitude que l'univers où il a grandi est condamné à disparaître. Mais, à quinze ans, la lucidité est une vertu encombrante. Il préfère les élans de son âge. Tenter de séduire les filles. Discuter avec Solal, camarade de classe et frère d'élection. S'enflammer pour Proust grâce à un éblouissant professeur qui mène, hors du lycée, de mystérieuses activités. Pêcher avec Bouarab sur la plage de Surcouf. Découvrir que les gens ne sont jamais ce qu'on croit qu'ils sont. Cependant, la violence des événements s'accélère. Comment résister ? Dans cet apprentissage, Zoé, sa grand-mère, l'accompagne. Généreuse, elle reste aussi proche du président Steiger, le meneur des colons, que du garçon arabe avec qui elle partage son café du matin. Elle avance, avec sa force de vie, sans gémir sur le paradis perdu.

La Baie d'Alger
Louis Gardeil
Edition du Seuil
246 pages.18€. ISBN : 978-2-02-034889-8.
 

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Vendredi 7 septembre 2007 5 07 /09 /Sep /2007 16:11
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Voici quelques ouvrages qui ont retenu mon attention  et qui feront l'objet de prochaines lectures  ...
je vous les suggère également !


Je suis né un jour bleu, de Daniel TammentDaniel Tamment
Je suis né un jour bleu de Daniel Tamment.
Les Arènes éditeur. 238 pages. 21€.ISBN : 9782352040286




Ce témoignage est un voyage aux côtés d'un jeune homme aux capacités hors du commun.
Comme le héros de Rain Man, Daniel Tammet est un autiste savant, un génie des nombres. Son cerveau lui permet d'effectuer des calculs mentaux faramineux en quelques secondes. Pour lui, les nombres sont des formes et des couleurs. Il a ainsi mémorisé les 22 514 premières décimales du nombre pi, un exploit qui a nécessité plus de cinq heures d'énumération en public. Daniel est également un linguiste de génie : il parle sept langues et a appris l'islandais en une semaine. Bien qu'autiste, il n'est pas coupé du monde : il est capable d'avoir une vie sociale et de raconter ce qui se passe dans sa tête.
Les plus éminents neuroscientifiques s'intéressent à son cas. Daniel décrit avec une simplicité bouleversante son enfance à Londres, dans une famille de neuf enfants. Il raconte ses années d'école, la découverte de sa différence, le soutien aimant de ses parents, la conquête de l'indépendance, la route vers la célébrité. Aujourd'hui, Daniel a 28 ans. Il vit dans le Kent avec Neil, son compagnon.


Victor, de Michèle FitoussiMichèle Fitoussi
Victor de  Michèle Fitoussi. 

Edition Grasset. 378 pages. 18.90€. ISBN : 9782246699316



Victor est un charmant octogénaire, ancien libraire qui cite volontiers Victor Hugo et raconte à qui veut l'entendre un passé étourdissant.
Alice, sa voisine de palier, jolie stagiaire à Global, le trouve un soir d'hiver dans un état de grand désespoir. Usé, catarrheux, ruiné, Victor va être expulsé d'ici peu de son réduit mangé par les livres et les journaux. Comment le sauver de la rue ? L'ambitieuse stagiaire a une idée. En organisant une chaîne de générosité, qui puisse satisfaire à la fois le voyeurisme compassionnel du magazine à gros tirage Global et garantir à Victor une fin de vie heureuse.


Peites phrases pour traverser la vie en cas de tempêtes ... et par beau temps, de Christine OrbanChristine Orban

Petites phrases pour traverser la vie en cas de tempête ... et par beau temps aussi de Christine Orban.
Edition Albin Michel. 189 pages. 12.50€. ISBN : 9782226179227



'Nous sommes faits de mots, de songes et d'un peu de réalité', écrit Christine Orban dans sa préface.
Les mots sont nos amis, nos confidents, ils ouvrent la voie, nous aident à surmonter les épreuves, à réfléchir à nos comportements, à trouver le chemin. Ils sont toujours là pour nous, encore faut-il les écouter, être attentifs à ce qu'ils ont à nous dire. Mots d'auteurs célèbres, phrases juste entendues ou bien inventées au fil de l'expérience ou de l'observation, ce sont toujours des mots qui ont ce poids d'intense vérité que l'auteur a recueillis et qui l'ont aidée et l'aident à cheminer avec toujours plus de sérénité.


Eleanor Rigby, de Douglas CouplandDouglas Coupland

Eleanor Rigby de Douglas Coupland.
Edition Au Diable Vauvert. 308 pages. 19€.
ISBN : 9782846261432




Liz Dunn est obèse, grincheuse et très lucide sur elle-même.
Même si derrière cette morne apparence se cache un esprit acéré par des années d'observation contemplative, elle n'attend rien de sa vie, hormis une imminente opération dentaire et une quantité de films larmoyants loués pour l'aider à passer sa convalescence. Sur le parking du vidéoclub où elle vient de récupérer ses mélos, Liz lève les yeux et voit une comète traverser le ciel de cette nuit d'été de 1997. Elle décide de chercher la paix dans son existence plutôt que des certitudes. Quelques jours plus tard, alors qu'elle vient d'épuiser son stock de tranquillisants et que le générique de fin du dernier film résonne de violons déchirants, surgit une autre comète, sous la forme d'un jeune homme admis à l'hôpital local avec le nom et le numéro de téléphone de Liz inscrits sur son bracelet médical. En cas d'urgence, contactez Liz Dunn...


La Baie d'Alger, de Louis GardelLouis Gardel
La baie d'Alger
de Louis Gardel.
Edition Seuil. 252 pages. 18€. ISBN :
2020348896




'C'est fini. L'Algérie, c'est fini.' Telle est la certitude qui s'empare du narrateur tandis qu'il contemple le coucher du soleil sur la baie d' Alger.
Nous sommes en 1955, il a 15 ans, la décolonisation n'est encore qu'une rumeur lointaine et un peu abstraite : l'Indochine, la Tunisie... Il vit avec sa grand-mère, Zoé, qui l'a élevé seule après le départ de ses parents pour le continent, à la Libération. Elève au lycée français d'Alger, il fréquente la jeunesse dorée, mais aussi les notables, au premier rang desquels André Steiger, le chef des colons à Alger, ami de longue date de Zoé. Rien ne semble devoir troubler cette adolescence heureuse et protégée, mais l'ombre des "événemnts" d'Algérie met du sable dans les rouages de sa vie quotidienne. André Steiger est assassiné par les fellaghas ; au lycée, un professeur de lettres démissionne, un autre, ami de Sartre et de Beauvoir, se tue en voiture dans des circonstances mal élucidées ; sur les plages deSurcouf, les belles se défilent les unes après les autres, les flirts du narrateur tournent court. Malaise. En réalité, c'est à la disparition progressive d'un monde, le sien, dont le narrateur est le témoin tour à tour insouciant et inquiet. Et quand il fête l'anniversaire de Zoé sur les balcons de la demeure algéroise, on se bat déjà dans la casbah. Partir ou rester ? Le jeune garçon quitte l'Algérie pour faire hypokhâgne à Paris. Malgré l'indépendance, en 1962, l'exil ou la disparition des amis, Zoé, elle, a choisi de rester.


Lettres à Jimmy, d'Alain MabanckouAlain Mabanckou

Lettres à Jimmy
d'Alain Mabanckou.
Edition Fayard. 150 pages. 14€. ISBN : 9782213626765



Cher James Baldwin,
Il y a vingt ans à peine que vous nous avez quittés. Vous êtes considéré comme un écrivain américain de premier plan, et vous êtes pourtant un peu français aussi ! C’est en tout cas au cours de votre exil à Saint-Paul de Vence que vous avez achevé votre premier roman, La conversion, loin de l’hôpital public de Harlem qui vous avait vu naître. Ou du moins, loin géographiquement. Car même si vous vous promeniez dans notre deuxième pays à tous, tel que l’a défini Thomas Jefferson, vous restiez proche des préoccupations de l’Amérique de votre jeunesse, agitée par les questions raciales et la marginalisation des Noirs. Et vous y êtes devenu le défenseur le plus acharné des droits civiques. Comment résisterais-je à l’envie de vous écrire, moi qui suis né au Congo-Brazzaville et qui partage désormais mon temps entre Paris et Los Angeles ? Comment réprimerais-je mon désir de vous exprimer une admiration que certaines similitudes entre nos destins ont rendue plus chaleureuse, amicale même, puisque les écrivains disparus restent des amis pour les vivants ? Vous avez consacré votre vie et votre génie à proclamer l’amour du prochain et la liberté de l’individu. Comment ne rêverais-je pas d’avoir le privilège de compter parmi vos intimes ?

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Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /Sep /2007 11:59
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J'étais derrière toi, de Nicolas FarguesNicolas Farguesde Nicolas Fargues

undefined Pour découvrir que je pouvais souffrir comme tout le monde et que ma soi-disant force mentale, mon soi-disant élégant détachement, ma soi-disant distance en toute circonstance, purement théorique, purement idéaliste, purement littéraire, que tout ça ne faisait pas le poids face à un vrai coup dans la gueule bien banal, franc et massif. undefined

Le long monologue de ce narrateur anonyme auquel le lecteur peut s'identifier est une prouesse car de bout en bout, il vous tient en haleine. Autant pour se "décrocher" d'un livre, souvent on compte sur la fin du chapitre, que là il est difficile de s'arrêter. C'est un livre fort, très intense dans lequel le héros passe en revue son couple et ses problèmes : marié, deux enfants, celui-ci cherche à combler sa femme, éternelle insatisfaite au caractère pas possible. Se sentant "emprisonné" dans son couple, la tentation de l'adultère se présente, il y résiste mais par honnêteté avoue à sa femme son flirt et lui annonce qu'il la quitte pour lui demander pardon 20 minutes après. Dans un désarroi total, impuissant face aux difficultés de son couple, il ne sait ce qu'il veut. Sa femme va lui faire chèrement payer cet écart, non sans envenimer la situation ... Toujours amoureux, souhaitant retrouver l'amour de celle-ci, il se plie à ses exigences jusqu'à l'abnégation de soi. Cependant une rencontre lui redonnera espoir ...
L'écriture de Fargues est incisive, directe voire crue, mais il laisse son personnage se livrer sans fard ni angélisme, avec une réelle sensibilité. Pour lui le face-à-face avec lui-même est arrivé : bilan de son couple, bilan de ces dix dernières années, bilan de ce qu'il est devenu, ce qu'il a perdu et de ce qu'il retrouve. C'est un livre émouvant car il reflète le fragile équilibre de la vie et les dégâts causés par la mort à soi-même.  Histoire de la résurrection d'un homme en miettes.

Résumé de la 4e de couverture :
C'est dans la trentaine que la vie m'a sauté à la figure.
J'ai alors cessé de me prendre pour le roi du monde et je suis devenu un adulte comme les autres, qui fait ce qu'il peut avec ce qu'il est. J'ai attendu la trentaine pour ne plus avoir à me demander à quoi cela pouvait bien ressembler, la souffrance et le souci, la trentaine pour me mettre, comme tout le monde, à la recherche du bonheur. Qu'est-ce qui s'est passé ? Je n'ai pas connu de guerre, ni la perte d'un proche, ni de maladie grave, rien.
Rien qu'une banale histoire de séparation et de rencontre.

J'étais derrière toi
Edition POL
216 pages. 17€. ISBN : 2-84682-131-3

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Dimanche 2 septembre 2007 7 02 /09 /Sep /2007 18:38
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Cannibale, de Didier Daeninckx Didie Daeninckx de Didier Daeninckx

Commandé à l'occasion du 150e anniversaire de l'abolition de l'esclavage, ce court roman vous plonge dans l'univers de l'Exposition coloniale de 1931 et retrace un  fait divers authentique, méconnu et scandaleux  :  111 Kanaks ont exposés au Jardin d'Acclimatation sous l'étiquette "pseudo-scientifique" d'"Hommes anthropophages" dans la section "zoo" de cette Exposition ... Bien entendu, il va de soi qu'ils doivent jouer le jeu ! Ils sont sommés de terroriser les visiteurs avec des cris de sauvages, de troquer leur habit coutumier pour un simple pagne et de manger de la viande tout en supportant brimades et manque de respect. Une partie d'entre eux est envoyée à Hambourg afin de " rendre service" au zoo qui "dépanne" l'Exposition en crocodiles ...  Seuls les Surréalistes, le Parti Communiste ainsi que la Ligue des Droits de l'Homme s'émeuvent du traitement réservé aux "exposés".

Pour présenter ces faits, Daeninckx replace également le roman dans le contexte du mouvement indépendantiste kanak (FLKS) et des "troubles" - euphémisme employé couramment pour les désigner  - des années 80. En effet, nous découvrons le principal protagoniste de ce roman, Gocéné, à un barrage lors de ces fameux  troubles. Celui-ci est accompagné de l'homme qui lui a sauvé la vie à Paris, mais qui se voit refouler par les gardiens du barrage, car  Français et donc peu propice à comprendre la cause Kanak. Il s'agit alors pour Gocéné d'expliquer à ces jeunes passionnés,  ce qui s'est passé lors de cette Exposition coloniale ... Lancés dans une course contre-la-montre pour retrouver leurs camarades expédiés en Allemagne, Gocéné et son compère Badimoin, découvre le Paris des années folles, le "pot-aux-roses" de ce transfert, la cruauté mais aussi le courage d'autrui.
Daeninckx alterne histoire passée et histoire actuelle, multipliant les flash-backs de Gocéné. Ces ponts entre passé et présent plongent cette Exposition et les troubles dans un lien de cause à effet. Bien entendu, seule cette Exposition n'a pas suscité le désir d'indépendance des Kanaks, mais l'ensemble des méandres de l'histoire coloniale de la France en Nouvelle-Calédonie.

Le principal reproche fait à ce livre est sa briéveté, assez rythmé, il est d'une intensité émotionnelle grandissante.

Cannibale
Edition Gallimard. Collection "Folio" N°3290.
107 pages. 3.50€. ISBN : 2-07-040883-3

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Mercredi 1 août 2007 3 01 /08 /Août /2007 18:52
- Publié dans : Littérature francophone
Le Pigeon de Patrick SüskindPatrick Süskind<font size=de Patrick Süskind.

Ce court roman de l'auteur du merveilleux Parfum, est étonnant, sensible et psychologique. En effet, Süskind nous invite à suivre la journée de Jonathan Noël. Loufoque car ayant peu de l'imprévu, il garde le contrôle de sa vie jusqu'à un certain paroxysme maladif, car les événements "extraordinaires" sont contrariants, vous en conviendrez. Quinquagénaire, vivant seul, marqué par les atrocités de la Seconde Guerre mondiale et de l'Indochine, il vit reclu depuis trente ans dans la même petite chambre de bonne à cinq minutes de son travail, une banque dont il est agent de sécurité. Un métier parfait pour cet homme en recherche permanente de sécurité. Sa vie est réglée comme du papier à musique et il est heureux ainsi, jusqu'au jour où un pigeon va croiser sa route et son regard.  Celui-ci a réussi à s'introduire dans l'immeuble et s'est posé juste devant sa porte... Jonathan doit alors faire face à cet imprévu, le premier depuis vingt ans, alors que  les événements lui échappent...

L'aspect psychologique de ce livre est très intéressant et la plume affûtée de Süskind lui donne toute sa force. Comment un événement aussi insignifiant que l'entrée d'un pigeon dans un immeuble va bien pouvoir faire basculer la vie de Jonathan Noël ? Cet "incident" mineur déclenche une série d'imprévus qui provoque basculements sur basculements et altération de la pensée de Jonathan, qui se perd pour mieux se retrouver. Derrière sa velléité de contrôle se cache un homme fragile qui a besoin de retrouver les plaisirs simples de la vie et de reconstruire une vie sociale. Cependant rentrer dans le parcours de cet homme peut-être difficile, tant sa réaction face à ce non-événement peut laisser incrédule, mais l'histoire constitue pour Süsking un prétexte pour affiiner l'analyse de la psychologie humaine  après le Parfum.

Le Pigeon
Edition le Livre de Poche
96 pages. 2.50€. ISBN : 2253047422

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