Vendredi 9 novembre 2007
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Publié dans : Littérature francophone
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de
Camille Laurens
Comme je l'ai annoncé dans mon précédent article sur Tom est mort de Marie
Darrieusecq , j'ai donc lu Philippe de Camille Laurens.
Ce court témoignage de Camille Laurens est un poignant récit du l'atroce perte de leur enfant par une mère et un père pour négligence et incompétence du médecin accoucheur. Car Philippe vit deux
heures. Mais Philippe vivait avant et continue de vivre avec eux, tandis que face à une telle douleur, l'entourage se tut et tue une seconde fois cet enfant, entre abstraction et omission, car
qu'est-ce que deux heures dans la vie d'un homme. Or deux heures c'est la vie de Philippe, mais sa vie est aussi composée de toute cette attente dans le corps maternel, les rêves de bonheur
nourris par ses parents et qui ne verront pas le jour.
Philippe est une bouleversante lettre d'amour de Camille Laurens à son enfant. Souffrir, comprendre, vivre, écrire. Quatre mots, mais une famille brisée. C'est avec
effarement et accablement, que nous lisons les extraits du rapport réalisé suite à la mort de Philippe. Philippe est un récit dur mais magnifique.
Philippe et Tom est mort restent pour moi deux livres bien distincts. Le thème central est le même, mais le traitement tellement différent. L'authenticité confère au récit de
Laurens une force bien plus importante : comme ne pas être touché en plein coeur par cette histoire vraie, cette histoire qui peut se répéter ? Mais de par leur structure narrative et leur
"contenu" même, ils demeurent deux identités différentes avec leur propos. L'un n'enlève rien à l'autre.
A lire sur le plagiat, cet interview très intéressant d'Hélène-Maurel Indart, auteur de Plagiats. Les
Coulisses de l'Ecriture.
Philippe
Camille Laurens
POL Editeur. 10e. ISBN : 2-86744-472-1
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Mercredi 7 novembre 2007
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Publié dans : A la une !
Le prix Goncourt a été décerné à Gilles Leroy pour son ouvrage Alabama Song. Il succède à Jonathan Littell et ses
Bienveillantes.
Résumé de l'éditeur :
Montgomery, Alabama, 1918.
Quand Zelda, "Belle du Sud", rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Lui s'est juré de devenir écrivain : le succès retentissant de son premier roman lui
donne raison. Le couple devient la coqueluche du Tout-New York. Mais Scott et Zelda ne sont encore que des enfants : propulsés dans le feu de la vie mondaine, ils ne tardent pas à se brûler les
ailes... Gilles Leroy s'est glissé dans la peau de Zelda, au plus près de ses joies et de ses peines.
Pour peindre avec une sensibilité rare le destin de celle qui, cannibalisée par son mari écrivain, dut lutter corps et âme pour exister... Mêlant avec brio éléments biographiques et imaginaires,
Gilles Leroy signe ici son grand "roman américain".
Alabama Song
Gilles Leroy
Edition Mercure de France
189 pages. 15€. ISBN : 978-2-7152-2645-6
http://www.academie-goncourt.fr/
Cercle de Yannick
Haenel reçoit l'"anti"-Prix Goncourt, le Prix Décembre.
Résumé de l'éditeur :
Un homme décide, un matin, de ne plus aller à son travail.
Il rompt ses attaches et se met à errer librement dans Paris. Il découvre ce qu'il nomme l'"existence absolue". Des phrases ruissellent dans son corps; des
extases surgissent à chaque instant. Il rencontre une danseuse de la troupe de Pina Bausch, qui l'ouvre à la dimension poétique. Cette expérience de liberté lui donne accès à un étrange
phénomène - l'événement -, dans lequel se concentrent à la fois le secret de la jouissance et la destruction qui régit le monde.
Son odyssée le conduit à travers l'Europe de l'Est. Elle passe par Berlin, Varsovie et Prague, et fait l'épreuve de l'invivable contemporain. Elle réveille la
mémoire du mal : le "cauchemar de l'Histoire" dont parle Joyce, mais aussi un monde qu'il est possible de réenchanter par l'opération érotique des phrases.
Cercle
Yannick Haenel
Edition Gallimard
501 pages. 21€. ISBN : 978-2-07-077600-9.
Le prix Renaudot a été remis quant à lui à Daniel Pennac pour son dernier roman, Chagrin d'école. Le lauréat 2006 était Alain
Mabanckou pour Mémoires de Porc-Epic
Résumé de l'éditeur :
« Donc, j’étais un mauvais élève. Chaque soir de mon enfance, je rentrais à la maison poursuivi par l’école. Mes carnets
disaient la réprobation de mes maîtres. Quand je n’étais pas le dernier de ma classe, c’est que j’en étais l’avant-dernier. (Champagne !) Fermé à l’arithmétique d’abord, aux mathématiques
ensuite, profondément dysorthographique, rétif à la mémorisation des dates et à la localisation des lieux géographiques, inapte à l’apprentissage des langues étrangères, réputé paresseux
(leçons non apprises, travail non fait), je rapportais à la maison des résultats pitoyables que ne rachetaient ni la musique, ni le sport, ni d’ailleurs aucune activité parascolaire.
»
Chagrin d'école
Daniel Pennac
Edition Gallimard
304 pages. 19€. ISBN : 978-2-07-076917-9
Le prix Renaudot essai couronne le récit de voyage,Le Benarès-Kyôto, d'Olivier Germain-Thomas
Résumé de l'éditeur :
Aventure unique : une traversée de l'Asie par voie terrestre et
maritime.
De l'imprévu, des rencontres, des trains fantaisistes, des jeteurs de sorts... et de l'érudition, mais avec cette éjouissance chère à Montaigne, un des compagnons
du voyageur qui pratique la philosophie par la marche et l'ironie d'un regard perçant. Voici l'Inde avec cette union si troublante de l'éros et du divin. La Thaïlande et une femme prête à
sauter d'une falaise au-dessus du Mékong. Le Tonkin avec un combattant de Diên Biên Phu qui aimait la France.
Le dévoilement d'une Chine méconnue, le Tao et le Bouddha, une audience pleine d'humour avec l'empereur. Le Japon, une marche rituelle dans les montagnes
habitées par les Esprits, les miroirs secrets dans les sanctuaires...
Le Bénarès-Kyôto
Olivier-Germain Thomas
Editions du Rocher.
270 pages. 18€. ISBN : 978-2-268-06289-1
http://www.renaudot.com/
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Samedi 3 novembre 2007
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Publié dans : Littérature francophone
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de Marie Darrieussecq
Ce roman nous plonge dans le thème universel du deuil et de la culpabilité : la disparition d'un enfant, suite à un accident, la culpabilité qui s'ensuit pour la mère, le sentiment
d'anéantissement, le quotidien qui refait surface après un tel événement bouleversant, l'inéxorable fuite du temps et les blessures qui demeurent, un "après" cahin-caha, une éternelle
présence. Magnifiquement écrit, bouleversant, il confronte le lecteur à cette douleur indicible - la mère endeuillée en perd la parole - , mais également au "travail" du
deuil, la nécessité d'avoir un "lieu" de recueillement (posé par les différents questionnements sur la crémation, choix loin d'être anodin en matière de deuil), l'unicité de l'être cher,
irremplaçable, le mécanisme du quotidien et l'imagination cruelle "si ...". Sous forme de journal de bord, écrit quelques années après le drame, avec plus de recul mais toujours autant de
douleur, cette mère retrace ce qu'elle a vécu, l'analyse et le décortique, de façon profonde.
Le roman par lequel le scandale est arrivé en cette rentrée littéraire... et scandale qui m'inspire deux réflexions.
Tout d'abord, il révèle bien un premier point : la légitimité de l'écriture. Ce n'est pas la première fois qu'opposer la légitimité de l'écriture est avancé face à un roman "dérangeant". Je pense
notamment à Il faut qu'on parle de Kévin, de Lionel Shriver, que j'ai commenté sur ce même blog. Cela est dérangeant car pose insidieusement la question de la "propriété" des émotions et
sentiments. Influence de l'auto-fiction en littérature ? Les auteurs qui se mettent en scène sont nombreux (Nothom, Angot ..) et la mise en scène de soi de plus en plus pregnante dans les modes
d'expression, entre exhibitionnisme et jeu de curiosité avec le lecteur. Cependant, la littérature reste essentiellement un travail de fiction. Il est évident que certains événements de nos vies
nous poussent à évoquer certaines situations en se positionnant comme "vétéran", "expert". Quel auteur ne met pas une part de lui dans son récit ? Mais doit-il pour autant ne pas évoquer des
situations, douleurs mais aussi joies qu'il n'a pas vécu ? Car le coeur de cette polémique est la douleur. Cependant si on pose le postulat de la légitimité dans la création littéraire, romans
policiers, science-fiction, anticipation, contes de fées et documentaires historiques peuvent être relégués aux oubliettes ...
Deuxième point : depuis quelques temps, les livres s'inspirant de faits divers fleurissent, depuis L'Adversaire d'Emmanuel Carrère au dernier Mazarine
Pingeot, Le Cimetière des Poupées... Cela pose une question "éthique" beaucoup plus importante que la polémique autour de Tom est mort. Opportunisme, fascination, goût du
sensationnel, volonté de répondre à une attente d'un certain public à l'esprit morgue ou réelle volonté de comprendre ? Ni créations totales, ni témoignages, ces livres montrent bien
que difficulté de trouver un équilibre entre liberté de l'écrivain et évocation de grandes douleurs réelles est difficile à trouver. L'écrivain trouve
dans son quotidien son inspiration et on ne peut rester indifférent face à de tels drames, qui provoquent en nous des émotions et réflexions diverses. Vouloir comprendre, étudier, analyser ce qui
poussent des individus à commettre de tels actes est tout à fait compréhensible. Qui ne se dit pas "pourquoi ?" Cependant comment prendre en compte des douleurs indicibles, non seulement
par leur profondeur, mais par l'état des victimes, qui n'ont pas droit au chapître ? Dans la cas de L'Adversaire, Emmanuel Carrère précise bien sa démarche, qui est de comprendre comment
un père, comme lui, a pu tuer ses enfants. Cependant la lecture de L'Adversaire m'a dérangée et mise mal à l'aise. Pourquoi ? Il en demeure
pas moins un "fait divers" réel. Qui peut réellement comprendre ou prétendre comprendre ce qui échappe au protagoniste lui-même ? A mettre également en avant, les "investigateurs" de ces
histoires vraies, on occulte, plus ou moins, les victimes qui doivent faire face à la médiatisation de l'affaire, la publication de l'ouvrage (dans la collection "Fiction" de POL pour
l'AdversaireI, étonnant choix), voire l'adaptation cinématographique, dont l'industrie du cinéma est très friande ces derniers temps. De même, faut-il pour autant mettre
systèmatiquement au ban des étagères, les livres abordant le point de vue du "monstre" ? Apportent-ils
réellement une réflexion plus profonde ou sont-ils un miroir aux alouettes attirants mais creux ? Dépasser le fait divers apparaît donc comme nécessaire pour mener une réflexion plus large. Leur
contribution doit-elle alors prendre la forme d'un roman, d'une fiction ? Quelle en est alors sa part ?
Il appartient à l'écrivain de trouver donc le ton juste lorsqu'il explore certains thèmes et à l'éditeur de le guider. Ce n'est pas tant, la "légitimité", mais la démarche qui fait la différence.
L'honnêteté prime sur l'authenticité.
Résumé de l'éditeur :
Un simple récit, phrase après phrase sur un cahier, pour raconter la mort de Tom, quatre ans et demi, à Sydney, en Australie.
Tom a un grand frère et une petite sœur, il a un père et une mère. C'est elle qui raconte, dix ans plus tard, Française en exil, cherchant ses mots dans les Montagnes Bleues.
Retenu dans la deuxième sélection pour le Prix Goncourt 2007 et la première sélection du Prix Fémina 2007.
Tom est mort
Marie Darrieussecq
POL editeur. 246 pages. 17€. ISBN : 978-2-84682-209-1
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Lundi 29 octobre 2007
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Publié dans : Monde du livre , des revues et des bibliothèques
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Le livre est un objet culturel mais il peut être une véritable oeuvre
d'art : formats originaux, matériaux de qualité et de toute beauté.
Ce concours s'adresse à tous les éditeurs, mais également aux graphistes. Il a pour objet de récompenser les ouvrages parus entre le 1er décembre 2006 et le 1er décembre 2007, qui se
distinguent par leur conception, leur originalité, leur présentation graphique, le choix et la qualité des matéria.
La fin des inscriptions approche ... Le formulaire d'inscription est en ligne.
Différentes catégories sont présentées : Littérature et document ; Poche ; Livre d’art ; Catalogue ; Jeunesse ; Bande dessinée ; Livre
pratique.
Résultat rendu public sur le Salon du Livre de Paris en mars 2008.
Et pour vous, lecteurs, lectrices, quel est le plus bel ouvrage publié cette année ?
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Vendredi 26 octobre 2007
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Publié dans : Littérature francophone
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de Jacques
Serena
Ce roman peut être lu comme une sorte de journal intime "psychique" : rien n'est écrit et le narrateur ne se livre pas à un interlocuteur précis. Aussi le flot de
l'écriture suit la cascade impétueuse des pensées du personnage principal, surnommé "Jack, Jack" par sa compagne, dont on ne sait que peu de choses. Celui-ci écrivain est très sollicité pour des
interventions en bibliothèques. Suite à une opération de la bouche dont on ne saura jamais rien - pour quelle maladie et quels effets antérieurs sur son couple -, l'anti-héros est sommé de
renouveller son style de vie, ce qui se traduit concrétement par la nécessité d'abandonner ses préceptes rigides, qui le force à tenir les cordes de la bourse familiale tel "un rat" et à
commettre quelques négligences vis à vis de sa compagne.
Dès lors, nous suivons ses péripéties : perte de l'être cher, colère et deuil, mimétisme et pardon, retrouvailles de soi et de l'autre. L'écriture ne rend pas aisé le
suivi du personnage. Son bouillonement intérieur est très bien représenté sous cette plume vive, quasi-chaotique ... au point de se demander si ce n'est pas d'une maladie psychique qu'il souffre
plutôt que d'une réelle maladie de la langue. Mais ici psychisme et langage sont fortement liés. Prisonnier de ce premier, il lui est difficile d'amadouer et de maîtriser le second, avec les
problèmes que cela pose : entre mutisme et débordement volubile, les actes manqués et les dérapages peuvent se multiplier. Dès le départ, la symbolique du langage est posée de façon très forte :
opéré de la bouche, cet écrivain qui manie les mots et intervient lors de lectures publiques, est en fait un bien piètre communiquant. Maitriser la langue et maitriser le langage sont deux choses
bien distinctes. Tempérer sa langue évite bien des conflits et l'art de la dialectique peut nous empêcher de tomber dans de cruelles situations. Un roman qui tient en haleine car nous ne savons
pas quels sentiers l'auteur veut nous faire emprunter, avec un très beau travail sur la symbolique de la bouche et du langage, qui porte à réflexion.
Résumé de l'éditeur :
Le spécialiste m'avait changement dit qu'après une telle opération, j'avais besoin d'un changement de vie radical. Quand je suis
rentré à la villa pour l'annoncer à Anne, j'espérais un mot ou un geste, mais en vain. Je l'ai alors menacée de partir pour de bon. Et, finalement, pour la première fois depuis des mois, Anne m'a
regardé vraiment. Elle ma répondu que, oui, ça l'arrangeait que je parte.
Sous le Néflier
Jacques Serena
Edition de Minuit
176 pages. 13.80€. ISBN : ISBN : 9782707319968
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Jeudi 25 octobre 2007
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Publié dans : Cuisine et jardinage
de Philippe Beaussant.
Philippe Beaussant en parle très bien alors pourquoi ne pas le laisser faire ?
"Les musiciens sont bons cuisiniers : c'est un fait.
Et c'est justement fort de cette expérience, pour avoir vécu trente ans au milieu de flûtistes, de clavecinistes, de violonistes et de joueurs de viole de gambe, que j'avais composé Mangez
baroque et restez mince, à l'aide des recettes favorites de mes amis musiciens et baroqueux. Préludes, fougasses et variations est une sorte de tome II par lequel je propose à ceux qui apprécient
les bons sons et les bons goûts de s'embarquer vers l'île aux trésors de la gastronomie et de l'amitié.
Ce n'est pas un livre de cuisine au sens habituel de l'expression, c'est le recueil de ce que des musiciens que vous aimez aiment faire et déguster." Philippe Beaussant
Non seulement, le palais est en joie, mais ce livre est également un régal de lecture, anedoctes culinaires et belle écriture sont au rendez-vous ... Une autre façon de voir la cuisine comme un
art de vivre à partager entre amis et à savourer sur des airs baroques.
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