Littérature francophone

Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 21:52
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Suite indochinoise, de JL Coatelem Récit de voyage au Vietnam.
de Jean-Luc Coatelem.

 A travers ce livre de route, Jean-Luc Coatelem, écrivain et journaliste à Géo, nous invite à le suivre lors d'un voyage aux allures de pélerinage, sur les traces de son grand-père, Camille, officier de l'Empire Français, dans l'Indochine des années 20. Nous sommes en 1990 et désormais, les voitures de grande remise ont cédé la place aux scooters et autres tuk-tuk, l'Impérialisme au communisme, puis à un capitalisme agressif où tout est marchandise dans ce pays encore fragilisé par son Histoire mouvementée. Coatelem alterne adroitement, par un effet miroir incisif, une peinture du Saïgon communiste qui "défie la morale socialiste" et extraits de livres contemporains à son grand-père (Cochinchine de Léon Werth, textes du Comité du Tourisme colonial ...) 
 Ce récit entraînant se lit avec plaisir - et bien rapidement ! - servi par une plume alerte.

Une critique détaillée est à paraître dans la revue In-Fusion N°3 consacrée au voyage.

Extrait :
"Difficile de voyager avec des livres. Certains pèsent aussitôt, d'autres s'égarent, tous s'écornent et s'abîment. La plupart du temps, l'énergie même manque pour les lire : franchi quelques centaines de kilomètres, une poignée de méridiens, le volume convoité se métamorphose en vilain petit canard ; l'auteur choyé tombe son masque, il devient affreux rabat-joie emporté par erreur, un intrus dans vos tropiques ... Rien, aucune ligne, pas même un frisson d'envie, tristes victimes du décalage. Les belles fictions se fanent, fresques antiques bues par une lumière nouvelle, comme dans le film de Fellini ... J'ouvrais plutôt mes fenêtres sur le Tibre, le Tage ou la mer d'Oman pour admirer les reflets de l'eau sous le ciel. Et je humais le soleil, les yeux clos, vrai lézard, ivre de réverbération, comblé d'une joie lente animale, sans nom. La littérature ne me concernait plus, j'avais enfin le monde en direct : nul besoin du philtre des mots imprimés ..."

Suite indochinoise
Jean-Luc Coatelem
Editions de la Table Ronde -
Collection La Petite Vermillon
184 pages. 7€. ISBN : 978-2-703-3052-3


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Mercredi 30 juillet 2008 3 30 /07 /Juil /2008 10:56
- Publié dans : Littérature francophone
de François Simon.

Amoureux de la gastronomie, ce livre est fait pour vous ! A prime abord, il déroute. Ni guide, ni roman, mais riche en descriptions elles-mêmes savoureuses, véritable poésie culinaire et fort de réflexions "à point" sur la restauration de notre chère capitale, tranchantes comme un fil à couper le beurre sur la "peoplisation" et autres effets de mode dont souffrent également les bonnes - mais aussi les mauvaises adresses - toquées ou non ; "Aux innocents la bouche pleine", à la fois un carnet de bord et une ballade gastronomique, en compagnie de François Simon, critique gastronomique à Paris Première et au Figaro.
Son écriture limpide  produit en vous un sentiment d'intimité très fort avec François Simon, voire de communion au fil de ses réflexions ! Tantôt sévère,  tantôt élogieux,  mais toujours à juste titre, il redore le blason de chefs oubliés ou exclus des cercles parisiens bien-mangeants bien-pensants (id est Alain Senderes, Tateru Yoshino et bien d'autres), parfois empreint de nostalgie (que sont devenues les Halles ...), il n'hésite pas à sanctionner la médiocrité, la concupiscence étudiée face aux modes qui poussent certains à vendre l'âme de lieux devenus "mythiques" dans le Paris culinaire, et ceux jouant de l'esbrouffe pour quelques euros de plus.
Avant toute chose, Aux innocents la bouche pleine, est une ode à la "vraie" gastronomie, respectueuse du palais, surprenante en bouche, créative et terriblement délicieuse ...

Voici un extrait, qui rappelera à n'en pas douter, à bon nombre d'entre vous quelques mésaventures dinatoires :
"Pomme cuite longtemps au four". Qui résisterait à ce petit appel du pied ? La pomme arrive dans un joli moule en terre cuite en forme de pomme. la cuillère tournoie au-dessus avec cette peur exquise, celle que ce soit un peu trop chaud. Mais en bouche, consternation, c'est froid. Bah... ça arrive, mais c'est dommage. Un dessert loupé, c'est un peu comme un rendez-vous manqué, on pense d'autant plus à qui, à quoi on s'attendait. Le service passa pour la treizième fois et s'enquit des langueurs de notre appétit. Avec beaucoup de gentillesse, on fit part de la température discutable de la pomme.
- Vous avez tout à fait raison, s'indigna le directeur de salle, ce dessert doit être chaud ou tiède mais surtout pas froid ! Je vous le remplace immédiatement.
La bonne affaire ! Sauf que l'appétit s'était enfui, il était tard, il fallait repartir. Les acfés arrivèrent, le directeur aussi avec un topo pas piqué des hannetons.
- En fait, corrigea-t-il, j'ai demandé en cuisine, c'est comme ça que cela doit être servi : à température de pièce.
Sacrés chefs, ils ont toujours l'amour-propre que les grignote, le narcissime qui boulotte : jamais tort, toujours raison."

A découvrir également :


Son excellent blog qui décortique avec humour l'actu culinaire (à suivre de près les catégories "Mes Tables du moment" et "Ah, non pas ça")
Ses deux précédents ouvrages :Manger est un sentiment, (Belfond, 2003) et Comment se faire passer pour un critique gastronomique sans rien y connaître, (Albin Michel, 2001)



Ses chroniques sur Paris Première






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Dimanche 1 juin 2008 7 01 /06 /Juin /2008 20:00
- Publié dans : Littérature francophone

de Florence Noiville

« Enfance / Insouciance. Rime pauvre et paresseuse. Calamiteuse. »


Cette autopsie d'une relation mère-fille évoque le pesanteur des secrets de famille pour une (trop) petite fille, face à l'opacité du monde des adultes. A l'occasion de cette donation, l'auteur revient sur sa jeunesse avec une mère maniaco-dépressive, à une époque, où cette maladie n'était pas encore reconnue comme une maladie, mais perçue comme un tempérament extravagant. Incompréhension de la mise à l'écart et douleurs du passé se font plus vives en se penchant sur l'après-parents. Se confronter à la mort a un pouvoir réfléchissant duel. Dans un jeu de miroir, Florence Noiville est amenée à examiner sa vie et ses relations avec ses parents. Sa vie telle qu'elle est, telle qu'elle était, telle qu'elle était rêvée. Toutes ces « vies » ont un dénominateur commun, une seule et même source, une origine et un commencement : la naissance et la jeunesse. C'est le chemin qui mène Florence Noiville à analyser cette donation : il ne s'agit pas d'un simple transfert de propriété (de nue-propriété symbole de dépouillement et d'un entre-deux). Non. Cette donation matérielle révèle au grand jour, une autre donation impalpable, inchiffrable et non-monétaire : celle de l'éducation et de l'amour, de nos forces et de nos faiblesses, ce qui fait la richesse et l'unicité de chacun. Mais au-delà, en filigrane, elle nous pose cette question : et si notre vie était conditionnée par quelques héritages hors de notre contrôle ? N-at-elle pas mené sa vie, en fonction de cette épreuve  ? Y-at-il réellement des familles « maudites » dont les blessures suivent et poursuivent les générations ? Peut-on recevoir les maladies de l'âme en héritage ?

Mais La Donation nous conte également une histoire d'amour. Celle de la narratrice avec ses parents. Comme toute histoire d'amour, celle-ci n'est pas dénuée de conflits, d'incompréhension mais aussi de passion (ibid de souffrances) , quand imperceptiblement ou brutalement nous quittons l'enfance :


« Nous sommes tous orphelins. Notre soif de consolation est inépuisable. J'avais dix ans quand j'ai perdu mes parents. Tous les deux sont en pleine forme aujourd'hui, mais je ne cesse de remuer ciel et terre pour retrouver quelque chose de la vie d'avant. Quoi, je ne saurais le dire exactement. Je cherche le sol primitif. Une trace d'avant le vacillement du monde. »


Chaque enfant est marqué par une pierre, petit caillou ou gros rocher, contre lequel il trébuche et qui marque la fin de son « innocence » , telle une initiation, lors de laquelle les masques tombent. La Donation évoque également ces souvenirs vifs ou pauvres, difficilement appréciables par leur éloignement dans le temps et notre « habit » d'adulte.


« Tout tournait autour. La donation ou plutôt le don. Avec toutes ses variations : l'abandon, le don, le pardon. »


Journaliste et rédactrice en chef du Monde des Livres,Florence Noiville signe ici son premier roman, après un passage prolifique en littérature jeunesse et une biographie d'Isaac B.Singer. Elle écrit également sous son nom d'épouse, Florence Hirsch, sous lequel elle a publié le merveilleux roman jeunesse, Je Cherche Les Clés du Paradis, qui évoque le deuil et la perte et fait écho à la Donation.

 

La Donation
Florence Noiville
Edition Stock
126 pages. 13€. ISBN :
978-2-234-05903-0

 

Ensemble de critiques consacrée à l'enfance dans la littérature à paraître dans la revue In-Fusion, n°2 "l'enfance".
Diffusion et distribuion : Editions du Jasmin (www.editions-du-jasmin.com). Tél : 01.41.27.04.48 / Fax : 01.42.70.11.59


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Lundi 19 mai 2008 1 19 /05 /Mai /2008 21:49
- Publié dans : Littérature francophone

Lire est certes un loisir, mais un loisir formateur, qui peut modeler, malmener ou guider le lecteur.

Un sondage TNS-Sofres de 2004 révèle que de nombreux lecteurs ont un « livre fondateur ». Pour 47% d'entre eux, celui-ci leur donne le goût d'un auteur, d'un genre littéraire ; pour 37%, il leur permet de découvrir ou de comprendre certaines choses sur le monde ou leur donne le goût de la lecture (36%) et leur fait aimer les livres (28%). Enfin 24% des lecteurs avouent qu'il influence leurs croyances, leurs idées et leurs valeurs.

Il est assez étonnant de constater dès lors que dans 50% des cas, le livre préféré a été acheté (offet pour 18% des lecteurs et prêté dans 11% des cas). Et enfin ce livre n'a fait l'objet d'une lecture imposée par l'école que dans 10% des cas.

 

Parmi le "Top 10" :

1 : " La Bible " ex aequo avec " Les Misérables " de Victor Hugo
3 : " Le Petit Prince " d'Antoine de St Exupéry
4 : " Germinal " d'Emile Zola
5 : " Le Seigneur des Anneaux " de JRR Tolkien
6 : " Le Rouge et le Noir " de Stendhal
7 : " Le Grand Meaulnes " d'Alain Fournier
8 : " Vingt mille lieues sous les mers " de Jules Verne
9 : " Jamais sans ma fille " de Betty Mahmoody, " Les Trois Mousquetaires " d'Alexandre Dumas, " La Gloire de mon père " de Marcel Pagnol, " Le Journal d'Anne Frank "


Lire n'est pas un acte anodin. Ouvrir un livre, c'est une ouverture de soi, qui peut avoir un impact. En effet, un lien intime se noue entre l'objet, l'auteur et le lecteur, et ce dès les premières pages. Ainsi nous acceptons de « s'abandonner » à ces écrits et d''être transformé par ceux-ci. Aussi ce souvenir de lecture, s'il a un fort impact, se traduira de manière affective – le livre tant apprécié deviendra le « livre  préféré », où pourra même lui accorder une place de choix s'il devient « de chevet » ou nous nous exclamerons que nous avons « détesté » ce livre, et le metterons au ban de nos bibliothèques ... Drôle de sort.

Lire est un plaisir « léger » dirons certains mais c'est faire peu de ces livres qui ont scellé de grandes vocations, notamment littéraires ? Non, il ne faut pas faire peu de cas de ses lectures et encore moins négliger celle de la jeunesse, mais au contraire guider celle-ci. Susciter en elle un goût pour celle-ci, piquer sa curiosité, car après tout ce qui aménera cet enfant vers d'autres lectures sera cette curiosité, cette graine qui aura germée dans son esprit ... 


L'étude complète est accessible en cliquant sur ce lien


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Vendredi 11 avril 2008 5 11 /04 /Avr /2008 17:57
- Publié dans : Littérature francophone

de Gilles Perrault

Voilà un court roman d'une centaine de pages ayant pour cadre la campagne angevine. Sylvie, femme délaissée d'une trentaine d'années, doit trouver le décor d'un futur film. Elle choisit de se rendre dans la maison, où elle fut accueillie avec sa famille pendant l'exode. Les propriétaires ont changé. Arrivée inopportune puisque celui-ci tout juste défunt. Son fils lui ouvre la porte de cette maison tant aimée. A bout de fatigue et de confidences en confidences, elle s'arrête pour la nuit. Ces quelques heures en présence de Gérard vont être l'occasion d'un bilan et d'un nouveau départ.
Un bon roman dont malheureusement la fin se dévoile un peu trop tôt. Mais les personnages, joliment portraiturés, semblent si ordinaires que ce qui leur arrive nous touche et nous émeut.

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Lundi 31 mars 2008 1 31 /03 /Mars /2008 21:17
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Dans la continuité d'Alabama Song, voici un nouveau roman sur le tandem Zelda-Scott Fitzgerald, brillant symbole des années 30 trépidantes ! Ecrit par Jacques Tournier, traducteur de Scott (notamment Gatsby le Magnifique et Tendre Est La Nuit), il propose une autre lecture de ce couple qui marqua la littérature. A partir des lettres de Zelda et de Scott, il livre ici une biographie non romancée ... Une prochaine lecture en perspective !

Résumé de l'éditeur:
Cette jeune fille avait tout, la beauté, le talent, une famille qui l'aimait.
Elle était la Belle de Montgomery, la fille du président de la Cour suprême d'Alabama. Tout le monde l'admirait et elle pouvait tout se permettre. Mais elle a tout perdu en perdant sa tête. Elle est devenue folle. Et j'en suis passionnément amoureux.


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Vendredi 28 mars 2008 5 28 /03 /Mars /2008 17:33
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mquint.gif de Michel Quint.


Voilà un très beau roman dans l'univers du théâtre écrit avec sensibilité et poésie par Michel Quint, auteur du non moins merveilleux Effroyables Jardins. Vous l'aurez compris, c'est un de mes coups de coeur !
Vraie confidence ou théâtre dans le théâtre, la forme déstabilise et séduit. Et pourtant il s'agit bien d'une fiction comme l'auteur tient à le signaler, centrée sur une personnalité : Gérard Philipe. Et mon mal est délicieux n'est pas à proprement parler une fiction sur l'illustre comédien, mais celui-ci est le centre et le fil d'Ariane de ce récit émouvant. Premier niveau de lecture : Michel Quint est en résidence d'écrivain, et au détour d'une balade au sein de l'ancienne Chartreuse à Villeneuve-lès-Avignon et de la cueillette d'une fleur de jasmin, il rencontre Max Klein, un vieil homme original, qui se lance dans une confidence aux allures de tirade. Cette fleur est une porte ouverte sur le passé de ces vieilles pierres qui auront vu deux jeunes adultes jouer à Rodrigue (Max) et Chimène (Luz, sa bien-aimée), un amour passionné pour Gérard Philipe naître avec celle d'une grande promesse, qu'il revienne jouer en ces lieux "Le Cid" ... Tandis que la guerre se fait plus présente, l'amour du Luz pour le comédien vibre au fur et à mesure des représentations de celui-ci, alors qu'un autre grand amour se fera abnégation pour soulager le coeur de sa belle.
 Loin d'être un catalogue de bon sentiments, ce court roman surprend par son originalité et son récit étonnant jusqu'aux dernières lignes. Vibrant et reflet d'un amour réel pour le théâtre.

Pour aller plus loin : un portrait de Michel Quint sur le site L'Express Livres

Résumé de l'éditeur :
Et si, vers juin 40, Chimène se réincarnait, métamorphosée, en Luz, jeune réfugiée de la guerre d'Espagne, au milieu des ruines de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon? Et si Max, jeune fils de juge, devenait chaque soir son Rodrigue fou d'amour? Et si, un de ces soirs, un ténébreux nommé Gérard remplaçait Max dans le rôle de Rodrigue et le cœur de Luz? Et s'il promettait de revenir jouer Le Cid en Avignon, quand il serait devenu comédien? Et si c'était Gérard Philipe...? Une romance d'amour, dans une langue riche et chaude, où le tragique naît du "malentendu d'un baiser attendu et jamais réclamé ".


Et Mon Mal Est Délicieux
Michel Quint
Editions Joëlle Losfeld
83 pages. 8€. ISBN : 2-07-078904-7

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