Mardi 20 septembre 2011 2 20 /09 /Sep /2011 21:22
- Publié dans : Littérature francophone - Communauté : Au fil des mots

bernard.jpgDeux petits livres qui se dévorent en un temps record !

Sous son drôle de petit format, Bernard cache une histoire à la Tanguy, à la manière de David Foenkinos. Ici l'auteur de La Délicatesse, Le potentiel érotique de ma femme et récemment des Souvenirs, se donne à cœur joie avec ce récit d'un quinqua un peu looser, qui perd sa femme après l'avoir trompé avec une vengeresse dérangée, avant de finalement perdre son emploi ...
Ainsi acculé, Bernard doit retourner vivre chez papa et maman. La dragée est dure à avaler, et fort heureusement pour lui, bientôt il trouve un emploi, mais attention  car cela ne signifie pas pour autant qu'il puisse se reposer sur ses lauriers  : ce retour au bercail est loin d'être un long fleuve tranquille ... Avec une causticité étonnante, Foenkinos dresse un portrait haut en couleurs d'un homme qui se trompe de route pour se retrouver et goûter à nouveau au bonheur. Après abattement, nonchalance et finalement révolte, Bernard évolue sous nos yeux, se transformant d'anti-héros affligeant en un homme attachant, un Tanguy malmené par la vie qui tardivement grandit.

A noter ! Le format inusité de ce livret à l'italienne, qui se feuillete agréablement. Des récits courts d'une cinquantaine de page, qui permettent aux plus grands de retrouver de belles plumes de la littérature contemporaine.


mon-vieux.jpgAutre ambiance avec Mon vieux et moi du canadien Pierre Gagnon. Cette fois-ci, cette courte nouvelle résonne avec Victor de Valérie Fitoussi sur le thème de l'adoption de personnes âgées ...
Léo est un petit vieux de 99 ans. Le narrateur vient visiter sa tante régulièrement, mais bientôt elle décède. Au-delà de ce deuil, il se rend compte que Léo lui manque. A l'occasion de son départ à la retraite, il veut se rendre utile , aussi pour lui, tout devient limpide : il va adopter Léo, lui donner la chance et le bonheur de vieillir en dehors de cette maison de retraite. Le duo entame alors une vie à deux, ronronnante mais pleine de poésie et de belles attentions, jusqu'au jour où Léo chute et change rapidement ...
Sans prétention, cette nouvelle offre un regard tendre et attachant sur ce duo improbable entre un jeune retraité en quête de bonne action, et Léo, ce vieillard bonne pâte et amusé. De beaux moments de complicité sont décrits et émeuvent. Un beau texte à lire au passage, évoquant la vieillesse avec pudeur et sans grossir les traits.

 

 

A voir ! A lire !

Les éditions du Moteur
Les éditions Autrement
Une présentation interactive de Mon Vieux et moi sur  Web TV culture
Victor de Valérie Fitoussi
Les Souvenirs et Qui se souvient de David Foenkinos ? de David Foenkinos.


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Dimanche 11 septembre 2011 7 11 /09 /Sep /2011 21:11
- Publié dans : Albums jeunesse - Communauté : Littérature Jeunesse

si.jpgEt si la vie ne tenait à pas grand chose ? A de belles cerises délicieusement rouges, qui attirent la gourmandise des merles et des hommes  ... Et si monsieur Boniface n'avait pas glissé en pêchant, déchiré ses vêtements et fait un bel épouvantail, les merles auraient mangé ces belles cerises ? Mais qui est ce drôle de narrateur que l'on ne connaît pas ? ...

Hubert Ben Kemoun explore les origines de la vie dans un album drôle et étonnant,  plein de poésie et d'onomatopées.  Dans cet album coloré réalisé par Frédéric Rébéna, la chute reste inattendue jusqqu'à la dernière page, prenant d'autant plus le petit lecteur, dont l'imagination est invitée à vagabonder au fil des "et si".

 

Si
Hubert Ben Kemoun, Frédéric Rébéna.
Editions Tourbillon.
24 pages. 10,90€. ISBN : 2-84801-054-1

 

A voir !
Une biographie d'Hubert Ben Kemoun sur Ricochet
Le portfolio de Frédéric Rébéna
Le site des éditions Tourbillon


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Mercredi 7 septembre 2011 3 07 /09 /Sep /2011 21:03
- Publié dans : Albums jeunesse - Communauté : Littérature Jeunesse

grand-loup-petit-loup-une-si-belle-orange-M42948.jpgGrand Loup et Petit Loup observent une magnifique orange que tous les deux veulent saisir, chacun pour des raisons différentes. Grand Loup arrive à l'attraper, ce qui attriste Petit Loup, attendri Grand Loup lui lance et cette si belle orange leur échappe à tous les deux ... Petit Loup part à sa poursuite dans un petit bois qui ressemble fort à une grande ville ...

Cette troisième aventure de Grand Loup et Petit Loup les amène cette fois-ci à se confronter à la peur de l'inconnu, à la froideur de la nuit, à nouveau aux chamailleries qui divisent mais qui provoquent également de belles retrouvailles entre ces deux amis inséparables.

Le texte, simple mais beau, rythmé et un brin poétique emmène les enfants dans l'univers de l'amitié et de l'initiation avec cette quête du fruit désiré et perdu. Aux illustrations gaies et colorées de l'harmonie entre les deux compères et leur environnement succèdent des dessins sombres et froids de la ville, de la séparation et de la quête.

Dès 5 ans.

Nadine-Brun Cosme est l'auteur d'une dizaine de romans destinés à la jeunesse et de nombreux albums, notamment de la série "Loup ne sait pas".
Olivier Tallec évolue à la fois dans l'illustration jeunesse que dans l'illustration de presse.

Grand Loup et Petit Loup. Une si belle orange.
Nadine Brun-Cosme. Olivier Tallec.
Les albums du Père Castor.
32 pages. 13€. ISBN : 978-2-0812-2921-1

 

 

A lire également !

Grand Loup et Petit Loup.
Grand Loup et Petit Loup. La petite feuille qui ne tombait pas.

A voir !
Le site internet d'Olivier Tallec


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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 21:16
- Publié dans : Littérature francophone - Communauté : Mes livres préférés

9782246785699.jpg
Tyrone Meehan, 81 ans, retrouve sa maison natale dans un petit port Irlandais, Killybegs. Il y vient pour y vivre ses derniers moments.  Cet ultime voyage est pour lui l'occasion de revenir sur son engagement dans l'IRA, ansi il débute un simili testament :
"Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L'IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n'ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j'en suis venu à trahir."

Aussi nous revenons sur les pas de l'engagement de Tyrone dans l'IRA et découvrons sa jeunesse auprès d'un père, vivant presque uniquement pour "la cause" et désabusé lors de la partition de 1921.  Perdant ainsi toute ambition, il chute dès lors dans l'alcool et la violence, violence qu'il a subi de la part de ces maudits anglais et qu'il fait désormais subir à Tyrone. La vie va ainsi chez les Meehan, entre patrie, misère et  chaleur maternelle.
Un soir, dans un aller sans retour à Killybegs, son père se  laisse mourir, laissant derrière lui une veuve éplorée et isolée, veillant sur sa nombreuse progéniture et tombant dans une misère plus noire avec son veuvage. C'est alors que toute la famille rejoint un oncle à Belfast, et découvre les tensions sanglantes entre catholiques et protestants ...
Tous ces évènements feront naître chez Tyrone la volonté de s'engager pour son pays et finalement de suivre les pas de son père, qui ne cessait de dire "Éirinn go Brách" (L'Irlande pour toujours ... mais dans une Irlande unie). Très vite, engagé dans les Fianna Eireann, dans laquelle s'embrigade la jeunesse irlandaise désireuse de servir la cause, puis accèdant enfin à l'IRA, à 16 ans, Tyrone fait très vite ses preuves comme homme de conviction et de confiance.  Bientôt officier, il multiplie avec sa troupe les actes de bravoure, jusqu'à une ultime embuscade, où la confusion mêlée au brouillard le conduira à tuer accidentellement un des siens, son ami Danny Finley, un officier également ... Ce jour-là marquera pour Tyrone le début d'une descente aux Enfers.

Après "Mon traître", paru en 2008, Sorj Chalandon reprend et clôture cette histoire de trahison, cette fois-ci du point de vue du traître, Tyrone Meehan, et non plus du trahi. Amoureux de l'Irlande et journaliste extrêmement versé sur la question irlandaise, Chalandon nous plonge dans une Irlande au coeur vibrant et battant pour sa liberté, opprimée et exsangue mais toujours digne (les noms des combattants, des grèvistes ou des tués sont véridiques ainsi que la chronologie). La plume de Chalandon pose tout cela avec une délicatesse et un choix des mots d'une précision de métronome. Cette trahison est décortiquée, soupesée, vue à travers différents angles, posant ainsi les faits sans jugement, car en temps de guerre comment réagirions-nous ? Comment situer une telle trahison lorsqu'elle sert également sa cause :  la fin de la guerre et la liberté de sa nation ? Et plus essentiellement, avait-il le choix ? Sa belle écriture rend un hommage  passionant à cette histoire mouvementée et cruelle de l'Irlande.

Retour à Killybegs.
Sorj Chalandon.
Editions Grasset.
333 pages. 20€. ISBN :978-2-246-78569-9


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Jeudi 1 septembre 2011 4 01 /09 /Sep /2011 21:18
- Publié dans : Littérature francophone - Communauté : Mes livres préférés

9782070134595FS.gifUn grand-père vient de mourir. Son petit-fils se souvient de ses promenades au Jardin du Luxembourg pour aller voir Guignol en sa compagnie. Il se souvient et s'aperçoit qu'il avait encore tant de choses à dire à ce grand-père, à quel point il l'aimait, et qu'insensiblement le temps faisant son ouvrage, il s'était éloigné, bien involontairement, n'avait pu appeler ou le voir aussi souvent qu'il l'aurait voulu. Ce petit-fils, c'est le narrateur, ombre parcellaire de l'auteur. Un jeune homme qui rêve d'écrire son grand roman et qui pour cela s'organise et se met à travailler de nuit dans un hôtel, un revenu et du temps pour écrire ...

Avec ce décès, les enfants s'interrogent et finissent par convaincre l'énergique et très volontaire grand-mère du narrateur de rentrer en maison de retraite. Après tout, on ne sait jamais, si un incident arrivait ? ...  Dès lors, les visites vont se multiplier pour se déculpabiliser de cet arrachement. Les premiers à la tête de cette troupe étant son petit-fils, et son fils. Le premier souhaitant combler de joie cette grand-mère vivante et gaie laissée dans un mouroir, le second pour se déculpabiliser de cet arrachement et de la vente secrète de son appartement ... jusqu'au moment où la vieille dame apprend  cette vente fatidique  : c'en est alors fini des petits objets du quotidien qui rappelaient les petits et grands souvenirs de la vie passée ... Le petit-fils qui s'était promis d'être présent à tout moment auprès de sa grand-mère et de ne pas répéter les mêmes impairs qu'avec son grand-père, assistant à  son désarroi comprend bien vite lorsque l'on annonce sa disparition, qu'elle a fugué.
Et où partir lorsqu'il nous reste plus aucun attachement matériel, ni lieu de résidence, sinon dans ses souvenirs et les meilleurs ... Il part alors à la recherche de sa grand-mère sur les chemins de son passé.

Dans ce nouvel opus, David Foenkinos nous entraîne dans une valse de souvenirs, illustrant  tour à tour de façon méditative et concrète les questionnements liés à la vieillesse, à la vie d'un couple de sa formation à sa séparation, la parentalité,tout cela dominé par la mémoire et les souvenirs. C'est toujours avec une grande délicatesse, une plume légère mais aussi sérieuse qu'il aborde finement ces thèmes universels à travers cette histoire palpitante et réjouissante.

 


A voir !

Sur le site de éditions Gallimard
Sur le site de l'émission La Grande Librairie.

 

Les Souvenirs.
David Foenkinos.
Editions Gallimard. Collection Blanche.
272 pages. 18,50. ISBN : 978-2-07-013459-5


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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 21:40
- Publié dans : Littérature francophone - Communauté : Mes livres préférés

"On dit qu'il était timide. 

Qu'il avait le charme efféminé des timides. 

Leur douceur. 

On dit qu'il approuvait courtoisement les conneries qu'on lui expliquait plutôt que d'en débattre. Qu'il était incapable de dire non. Qu'il était incapable de soutenir un regard hostile. Que lorsqu'il parlait il mettait la main devant sa bouche, comme pour s'excuser de l'ouvrir. 

On dit qu'il l'ouvrait peu. "

et pourtant à 8h00 du matin, le 18 août 1969, Jimi Hendrix va l'ouvrir. Et pas qu'un peu.

Il clôture le festival de Woodstock, quatre journées de musique non-stop, avec l'hymne national américain. Et quel hymne ! The Star-Splangled Banner, réinventé, détourné, dans une interprétation free-jazz qui révolutionne sa musique. Lui, dont le producteur souhaite le cantonner à son image rock, glamour et sexy, tellement vendeuse. Lui, qui depuis le mois de juillet, travail avec des musiciens de son choix, au sein des Gypsy Sun & Rainbows, lui qui souhaite tant s'orienter vers le jazz, et enfin tourner la page de Hey Joe ... Il va se livrer entièrement dans cette interprétation, véritable pamphlet musical, dans lequel l'on peut entendre les bombes qui éclatent au Viet-Nam ...

Il n'est alors pas tendre avec son pays natal, qui lui mena la vie dure dès son plus jeune âge, lui le métis, né d'un père noir et d'une mère d'ascendance Cherokee. Et c'est en Angleterre que son talent éclatera au grand jour, le portant aux nues en moins de deux mois ... Les tournées vont s'enchaîner, pressé de plus en plus par un manager sans vergogne, qui lui filera dope et stimulants pour que son poulain tienne le choc, jusqu'à celui-ci perde l'âme de sa musique et, se lance dans une dernière estocade, un ultime geste de liberté de prise de contrôle de sa vie avec Gypsy Sun & Rainbows ...

Après avoir eu pour objet d'écriture, son compagnon, l'éditeur Bernard Wallet, créateur des éditions Verticales, Lydie Salvayre s'attaque au mythe Jimi Hendrix.

Puissant sujet celui de ce mythe de la musique, et tâche rude s'il en est que d'écrire ce moment furtif, à la charge émotionnelle  intense, ce 18 août 1969 ...  Comment donc effectivement ne l'aborder que sous la forme d'un hymne, d'une louange longue et profonde. Bien sûr, ce roman flirte avec la biographie, un tantinet, juste le sel suffisant pour appréhender le génie, même si elle n'en est pas le but premier ... L'on comprend mieux au travers de ce parcours, que ce moment était ne pouvait être autrement fort, que sur cette scène Jimi Hendrix, mit tout son être, toute son histoire, mais aussi toute l'histoire de ses semblables, de ceux noirs interdits de s'asseoir dans les bus américains, de ce monde qui après la ferveur et l'optimisme des années hippies, continue à déchanter et à voir poindre un monde non pas meilleur, mais un monde toujours en guerre, plaçant le commerce au coeur de tout, y compris de la musique, dont Hendrix, tout comme Elvis, représente une icône du star-system, broyé par la volonté de fer d'un homme de commerce et non d'art.

Avec des intonations justes, Lydie Salvayre développe une longue mélopée, rythmée et musicale, qui nous plonge instantanément à la charnière de ces deux mondes, les années 60 triomphantes et les années 70 désenchantées. Son portrait amoureux et passionné d'Hendrix ne perd pas de son souffle jusqu'à la dernière page. 

 

Hymne
Lydie Salvayre.
Editions Le Seuil.
240 pages. 18€. ISBN : 978-2-02-098555-0
 


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